Utilisation des fourmis légionnaires du genre Dorylus dans la surveillance des zoonoses au sein des forêts tropicales : réflexions sur le concept de sentinelles
Les épidémies survenues ces dernières années dans les régions tropicales ont été causées par des virus nouveaux, ce qui révèle notre méconnaissance profonde de la diversité virale présente au sein de ces écosystèmes. Afin de réduire une telle ignorance, nous proposons d’utiliser les fourmis légionnaires du genre Dorylus comme stratégie indirecte d’échantillonnage de la faune sauvage. Ces fourmis, très voraces, consomment en grande quantité toutes sortes d’êtres vivants, incluant animaux vertébrés et invertébrés, insectes et plantes. Dans le cadre d’une étude menée en 2023, 209 fourmis légionnaires ont été collectées sur les pistes au Nord-Est du Gabon. Au moyen de techniques de métagénomique virale, nous avons détecté près de 500 000 séquences génétiques dont 46 377 (10,5 %) appartenaient à des virus de bactéries, de plantes, d’invertébrés et de vertébrés, démontrant la capacité de ces fourmis à accumuler une quantité prodigieuse de virus issus de leurs proies. Parmi ces séquences virales, 22 406 séquences seulement (soit 48,3 %) étaient associées à des virus connus. Ces fourmis pourraient donc se révéler précieuses dans l’exploration du virome des écosystèmes tropicaux et la mise en place d’une stratégie novatrice de surveillance des zoonoses virales dans un environnement où les émergences sont fréquentes.
